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Comment le coronavirus a stoppé net l’épidémie de grippe

Mai 27, 2020 | economie | 0 commentaires



Comment le coronavirus a stoppé net l'épidémie de grippe

Les mesures de distanciation sociale et de fermeture des lieux publics ont permis de raccourcir l’épidémie de grippe saisonnière qui s’est achevée précipitamment en avril. D’autres maladies comme la varicelle ou la rougeole ont également vu leur mortalité s’effondrer. Les conséquences globales sur la mortalité seront cependant difficiles à évaluer.

La grippe saisonnière fait chaque année entre 290.000 et 650.000 morts dans le monde selon la durée de l’épidémie et l’efficacité du vaccin. Or, cette année, les mesures de confinement et de distanciation sociale ont brutalement stoppé la saison, ce qui pourrait avoir sauvé des centaines de milliers de vie, estime l’Organisation mondiale pour la Santé qui traque les cas de grippe via le réseau FluNet.

« Globalement, l’activité grippale est moins importante que prévu pour cette période de l’année. Dans la zone tempérée de l’hémisphère Nord, une forte baisse de l’activité grippale a été observée ces dernières semaines », note l’organisation. On observe une chute brutale du nombre de cas à partir de la dernière semaine de mars, ce qui coïncide avec l’entrée en vigueur des mesures de confinement. La saison grippale a ainsi été raccourcie de 6 semaines par rapport aux autres années.

Les données locales confirment la tendance. À Hong Kong, par exemple, la période d’épidémie de grippe a été 63,2 % plus courte que la moyenne des 5 dernières années et le nombre de morts a été réduit de 62,3 %, indique une étude parue dans le BMJ le 4 mai et ce, alors que la saison a débuté à une date similaire à celle de l’hiver précédent (première semaine de janvier).

À peine 36 cas de rubéole dans le monde cette année !

D’autres maladies infectieuses ont été drastiquement réduites cette année, explique Pak-leung Ho, co-auteur de l’étude et chercheur sur les maladies infectieuses à l’université de Hong Kong au site Nature. Le nombre de cas de varicelle à Hong-Kong a ainsi chuté de moitié, voire de trois quarts par rapport aux années précédentes. En avril, les cas de rougeole et de rubéole ont été les plus faibles enregistrés depuis au moins 2016 : à peine 36 cas de rubéole avaient été comptabilités dans le monde en avril, selon des données provisoires. Ces maladies, qui touchent particulièrement les enfants, ont probablement été stoppées par la fermeture des écoles, juge Pak-leung Ho.

L’épidémie de grippe 2020 était bien partie pour être l’une des plus sévères depuis des décennies

La grippe 2020 s’annonçait pourtant particulièrement vigoureuse. En janvier, avant l’arrivée du Covid-19, l’épidémie avait débuté sur les chapeaux de roues, « bien partie pour être l’une des plus sévères depuis des décennies », indique Nature. Mais, avec l’arrêt brutal du mois d’avril, ce sont finalement des centaines de milliers de vies qui pourraient avoir été épargnées. Port des masques, fermeture des lieux publics, mise à l’isolement… Les mesures mises en place pour lutter contre le Covid-19 semblent ironiquement avoir eu plus d’effet sur la grippe que sur ce nouveau coronavirus lui-même, estiment l’étude de BMJ. Comme le Sars-Cov, le virus de la grippe se propage via des gouttelettes respiratoires.

D’autres facteurs pourraient cependant avoir affecté les statistiques, précise l’OMS. Il est, par exemple, probable que les malades aient moins consulté et se soient moins rendus dans les hôpitaux par crainte du coronavirus. Selon les données de Santé publique France, le taux de consultation pour syndrome grippal est deux fois moins élevé cette année que pour l’année 2019. Le printemps 2020 a aussi été particulièrement chaud en Europe, ce qui affaiblit le virus. Il est enfin possible que des personnes âgées qui seraient normalement mortes de la grippe aient été emportées avant par le coronavirus.

2020 sera-t-il plus mortel que 2019 ?

C’est en tous cas une bonne nouvelle, alors que la saison de grippe avait déjà été exceptionnellement courte en France en 2019, avec seulement 8 semaines d’épidémie. La surmortalité globale est cependant bien supérieure en 2020. Entre le 1er mars et le 15 mai 2020, on observe une surmortalité de 92,5 % en Seine-Saint-Denis par rapport à la même période de 2019. Le chiffre est de 90,1 % dans le Haut-Rhin et de 86,5 % dans les Hauts-de-Seine. Mais là encore, ne tirons pas des conclusions trop rapidement : « On pourrait constater un déficit de mortalité correspondant aux vies écourtées par l’épidémie, comme cela a pu être le cas après la canicule de 2003 », note l’Insee. De même, le pic de décès de janvier 2017 dû à la grippe avait été suivi par des points bas de mortalité en mars et avril.

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