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L’Arctique est en feu et ça devrait nous inquiéter

Juin 25, 2020 | economie | 0 commentaires



L'Arctique est en feu et ça devrait nous inquiéter

La hausse des températures en Arctique, aggravée par les incendies qui ravagent actuellement la région, pousse les scientifiques à tirer une fois de plus la sonnette d’alarme.

Les températures atteignent des niveaux infernaux en Arctique, du fait d’une combinaison de plusieurs facteurs. En août dernier, 4 millions d’hectares de forêts sibériennes disparaissaient, englouties par les flammes. Or, cette année, les incendies n’ont pas attendu le mois de juillet pour débuter.

À leur avancée dévastatrice, se combine un temps particulièrement chaud pour la saison, mais aussi pour la région : samedi dernier, le thermomètre aurait atteint les 38 °C dans la ville de Verkhoyansk, en Sibérie (des données qui sont encore en cours de vérification). Enfin, la marée noire survenue aux abords de la ville arctique de Norilsk le mois dernier serait partiellement responsable de la fonte du sol gelé de la région.

Le jet stream paralysé

Ensemble, le réchauffement des températures, les incendies et la catastrophe de Norilsk participent au recul rapide du pergélisol et, par là même, à la libération de méthane dans l’atmosphère. Dans un effet de boucle rétroactive, ce phénomène contribue à exacerber le réchauffement climatique qui, à son tour, accélère la fonte du pergélisol. Katey Walter Anthony, de l’université alaskaienne de Fairbanks, explique : « Le méthane qui s’échappe à la suite de la fonte du pergélisol pénètre l’atmosphère et circule tout autour du globe […] Le méthane provenant de l’Arctique ne reste pas en Arctique. Ses ramifications s’expriment au niveau mondial. »

Des systèmes pluvieux ou caniculaires peuvent faire du surplace des jours durant au-dessus d’une même région

La chaleur inhabituelle de l’été cause une baisse du différentiel de température et de pression entre l’Arctique et les basses latitudes. Cet écart réduit semble affaiblir et parfois même paralyser le courant-jet (ou jet stream) polaire, jouant entre autre un rôle crucial dans la cyclogenèse. Ainsi, des systèmes pluvieux ou caniculaires peuvent faire du surplace des jours durant au-dessus d’une même région, faute d’une circulation atmosphérique suffisamment puissante.

Tous concernés par le réchauffement

Il semblerait que l’été polaire, avec ses nuits courtes et ses jours sans fin, ne fasse qu’empirer la situation. « La température au sol grimpe de façon frénétique […] Les nuits sont très chaudes, l’air n’a pas le temps de refroidir et continue de chauffer pendant plusieurs jours », commente Marina Makarova, météorologiste en chef au Rosgidromet, l’agence fédérale de surveillance environnementale et d’hydrométéorologie russe.

Ce qui est sûr, c’est que l’Arctique donne du carburant au réchauffement climatique de la planète entière 

Les scientifiques s’accordent à dire que ce pic de chaleur s’inscrit dans un réchauffement aux proportions mondiales. À mesure que les températures augmentent, ces anomalies climatiques sont amenées à se répéter de plus en plus fréquemment.

« Ce qui est sûrc’est que l’Arctique donne du carburant au réchauffement climatique de la planète entière », note Waleed Abdalati, de l’université du Colorado. Des images mises en ligne par la Nasa révèlent l’inquiétante étendue des anomalies survenues dans l’Arctique, avec une hausse significative des températures sur la quasi totalité du territoire. Les données indiquent que la Sibérie serait particulièrement sensible au réchauffement climatique, enregistrant des variations de températures plus importantes que d’autres régions du monde. Cela ne laisse présager rien de bon pour l’un des derniers précieux bastions de glace que la Terre porte encore.

La Sibérie, qui a connu son hiver le plus doux, est en proie à de gigantesques incendies

Article de Nathalie Mayer, publié le 7 mai 2020

Il y a quelques mois, les « mégafeux » qui ont ravagé l’Australie ont fait la Une des journaux. Aujourd’hui, c’est au tour de la Sibérie d’être la proie des flammes. En plein confinement imposé par la crise du coronavirus, des feux de forêt d’une intensité sans précédent ont été déclenchés par l’imprudence des Hommes et entretenus par une météo chaude et venteuse.

En Russie, cet hiver qui s’achève a été le plus doux jamais enregistré. Selon les services météorologiques locaux, les températures moyennes sont montées jusqu’à 6 à 8 °C au-dessus des normales de saison ! Et ces conditions particulièrement douces ont perduré sur le début du printemps. Les températures ont même parfois grimpé jusqu’à 20 °C au-dessus des normales.

Résultat : un manteau neigeux qui a fondu rapidement, laissant derrière lui, une végétation et un sol particulièrement secs. Des conditions propices aux feux de forêts et de prairies, habituels à cette période de l’année dans la région. Mais au 27 avril 2020, ce sont déjà deux millions d’hectares qui sont partis en fumée du côté de la Sibérie. Dans certaines zones, c’est jusqu’à dix fois plus qu’en 2019 à la même époque.

Des incendies d’origine humaine

Mais le réchauffement climatique n’apparaît finalement que comme un facteur aggravant. Car à l’origine de la majorité de ces feux, il y a la main de l’Homme. Le confinement imposé par la crise du coronavirus a en effet poussé les Russes — et plus encore les Moscovites — à déserter les villes pour les campagnes. Une population avide d’espaces qui a probablement pris les règles de sécurité incendie un peu trop à la légère.

Des dizaines de maisons ont déjà été détruites par les incendies. Les fumées qui couvrent la Sibérie pourraient avoir des conséquences sur les malades du Covid-19. La situation est aujourd’hui qualifiée de critique par les autorités. D’autant plus que traditionnellement, c’est sur les mois de mai et de juin que les feux de forêt sont les plus intenses. Et que des preuves d’incendies criminels ont été retrouvées en plusieurs endroits. Sans parler du fait que les mesures de confinement rendent la lutte contre ces incendies plus délicate qu’à l’accoutumée.

Sibérie : des images frappantes de la désolation due aux terribles feux de forêts

Les incendies de forêts qui ravagent une bonne partie de la Sibérie ont déjà brûlé l’équivalent d’une surface comme la Belgique. Avec des conséquences bien au-delà de la perte de la forêt : animaux qui meurent de faim, fumées toxiques, accélération de la fonte des glaces… Un terrible drame dont on saisit l’ampleur avec ces images postées sur les réseaux sociaux.

Article de Céline Deluzarche paru le 06/08/2019

« Il faudra 200 ans pour que la forêt revive là où le feu a tout détruit », alerte Andrey Allakhverdov, porte-parole de Greenpeace Russie en charge du combat contre les incendies. « Les dégâts sont immenses et difficiles à calculer. En fait, on parvient à peine à réaliser. » Entre 3 et 12 millions d’hectares de forêt sibérienne ont déjà été détruits et les incendies continuent de se propager : la surface de taïga touchée par les flammes a plus que doublé en une semaine. Le gouvernement a décrété l’état d’urgence dans cinq régions, comme ici en République de Sakha vers le cercle arctique.
 

Ensemencer les nuages pour faire tomber la pluie

Après des semaines de tergiversation, le gouvernement russe s’est enfin décidé à réagir le 31 juillet en faisant appel à l’armée pour éteindre les flammes. Dix hélicoptères et dix avions adaptés à la lutte contre les incendies ont été envoyés dans le territoire de Krasnoïarsk, l’une des régions les plus touchées. Des avions ont même été envoyés pour ensemencer les nuages afin de déclencher la pluie. D’après les autorités russes, 753.000 hectares de feux auraient été éteints au cours des quatre derniers jours dans les régions de Krasnoyarsk et d’Irkoutsk, avec plus de 6.000 tonnes d’eau déversées sur les flammes.
 

En plus des feux, des inondations catastrophiques

Un peu plus à l’est dans la région d’Irkoutsk au nord de la Sibérie, ce sont des pluies torrentielles qui se sont abattues sur les habitants, causant le débordement de plusieurs rivières. Vingt-cinq personnes sont mortes et sept sont portées disparues, selon l’agence de presse russe Tass, et les inondations ont entraîné l’évacuation de plus de 42.000 habitants. L’état d’urgence a été déclaré dans tout le district de Tulun.
 

L’équivalent des émissions de CO2 de 35 millions de voitures déjà relâché dans la nature

L’impact climatique de ces feux pourrait être catastrophique : ils ont déjà émis un volume de 166,5 millions de tonnes de CO2, équivalent à celui de 35 millions de voitures par an, selon Greenpeace. La déforestation va en outre altérer les capacités d’absorption du CO2, la Russie représentant 90 % du puits de carbone des forêts boréales. La suie et les cendres emportées vers l’Arctique risquent également d’accélérer la fonte des glaces et du permafrost, libérant du méthane lui-même fortement contributeur de l’effet de serre. La FAO estime ainsi que les émissions issues de la fonte du permafrost excéderont « de plusieurs fois » celles de la déforestation des forêts tropicales d’ici la fin du siècle.
 

Des fumées toxiques recouvrent les villes

« Nous n’avons pas vu le soleil depuis trois semaines et on n’arrive pas à respirer à cause de la fumée », témoigne une habitante de Peleduy, dans la région de Yakoutie. De nombreuses villes de Sibérie sont englouties dans une épaisse fumée qui provoque l’inquiétude des habitants. Les particules fines et le monoxyde de carbone dégagé posent en effet un danger sanitaire sur les populations fragiles, comme les enfants et les personnes âgées. Du fait de la visibilité quasi nulle, de nombreuses activités économiques sont à l’arrêt, comme le forage pétrolier, qui représente une bonne part des revenus de l’État. Poussées par le vent, les fumées s’étendent désormais sur des milliers de kilomètres jusqu’au Canada et en Alaska.
 

Des animaux mourants qui fuient le feu

Les images de ces renards errant sur la route à la recherche de nourriture ont fait le tour des réseaux sociaux. Se jetant sur les barres de Snickers que leur tend le vidéaste amateur, ils fuient les incendies qui ravagent la région d’Irkutsk à l’instar de milliers d’autres animaux. (À noter : de nombreuses photos de cerfs aux bois en flammes ou de lièvres carbonisés ont aussi circulé ; elles s’avèrent être des vieilles images, recyclées et manipulées).

Le risque d’incendie aggravé par l’exploitation forestière intensive

La Russie s’est lancée dans une exploitation intensive de ses forêts, qui couvrent près de la moitié du territoire. La monoculture de pin fragilise l’écosystème tandis que le bois mort laissé sur place ou entreposé au bord des routes favorise le départ des feux et la propagation des incendies.
 

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