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médecines alternatives, que faut-il en penser ? (1/3)

Juin 29, 2020 | economie | 0 commentaires


Si vous pensez déjà tout savoir concernant les médecines dites alternatives, cette enquête conçue en trois volets pourrait vous surprendre. Plongeons ensemble dans le monde merveilleux de ces thérapies particulières. Première étape : savoir différencier médecine conventionnelle et médecine alternative. Est-ce si simple que ça ? Rien n’est moins sûr…

Les notes signalées par un numéro entre parenthèses sont à retrouver à la fin de l’article.

Savez-vous réellement comment différencier les médecines dites alternatives de la médecine scientifique ? Savez-vous réellement pourquoi des individus consultent ces thérapeutes dits alternatifs et les problèmes que ces pratiques peuvent poser ? Nous allons tenter de répondre à toutes ces questions dans la première et la deuxième partie de l’enquête. Aussi, dans la troisième et dernière partie nous nous demanderons quelle place peuvent-elles avoir au sein de notre société.

Mais avant de commencer, quelques précisions. Cette enquête n’est pas écrite dans le but d’être hostile aux thérapies dites alternatives ni d’être complaisant avec la médecine dite conventionnelle (1). Son objectif principal est de transmettre des éléments de compréhension à toutes les personnes désireuses d’en savoir plus à ce sujet. Prise de précaution faite, nous vous souhaitons une bonne lecture.

médecines alternatives, que faut-il en penser ? (1/3)

Toute pratique qui soigne un mal quel qu’il soit fait partie de la médecine. Le problème est donc posé sur la nature du soin. « Qu’est-ce que soigner ? » permet de définir la médecine. © chamillew, Adobe Stock

Existe-t-il plusieurs médecines ? 

L’idée de médecine alternative laisse imaginer qu’il existerait plusieurs médecines. Mais cette pluralité médicale peut vite être mise à mal par un simple argument : quel est le but de la discipline appelée médecine ? Soigner. Dès lors, toute pratique qui soigne un mal quel qu’il soit fait partie de la médecine. Ainsi, le débat prend racine sur comment sait-on qu’une pratique soigne. Ici, le problème est donc posé sur la nature du soin. « Qu’est-ce que soigner ? » permet de définir la médecine.

Soigner, comme le rappelle le serment d’Hippocrate que tout médecin jure de respecter, c’est d’abord ne pas nuire ou selon la formule latine « Primum non nocere ». Un soin médical se définit de plusieurs façons selon l’affection de l’individu et nos connaissances. 

  • Si nous connaissons la cause qui provoque un état pathologique, le soin aura pour objectif de supprimer la cause qui occasionne les symptômes. Une infection bactérienne traitée par des antibiotiques, par exemple. On constate que cela suppose que nous disposions de méthodes thérapeutiques (médicamenteuses, comportementales, chirurgicales, etc.) dont nous savons qu’elles font plus de bien que de mal. C’est ce que l’on appelle la balance bénéfice-risque. 
  • Si seuls les symptômes nous sont connus, le soin aura pour objectif de réduire l’occurrence et/ou l’intensité des symptômes en jaugeant la balance bénéfice-risque du soin prodigué. Par exemple, les anti-inflammatoires lors de règles douloureuses. Bien évidemment en parallèle, la recherche médicale continuera à se demander quelles sont les éventuelles causes des symptômes pour mieux répondre à la maladie à l’avenir.

Grossièrement et dans un souci de généraliser le propos, le soin doit amener autant que faire se peut, le retour de l’état pathologique à l’état normal (2). Dès lors, pour soigner, il faut déjà identifier ce qu’est un état pathologique. Ensuite, il faut trouver une méthode adéquate qui permet le retour à l’état normal en apportant aux malades plus de bénéfices que de risques. La balance bénéfice-risque est primordiale dans l’acte de soigner. Sans la mesurer minutieusement (3), le médecin expose potentiellement son patient à un risque plus grand que le bénéfice qu’il souhaite lui apporter.

Comment sait-on que l’on soigne ?

L’intuition et le ressenti sont de mauvaises boussoles pour nous indiquer si nous sommes vraiment malades (4) et si une pratique thérapeutique confère plus de bénéfices que de risques. Nous n’allons pas nous attarder sur la définition de l’état pathologique en partant du postulat que sa définition fait consensus dans la médecine scientifique comme alternative, ce qui, en réalité, n’est pas exactement le cas. Cela pour mieux nous concentrer sur les preuves requises afin d’identifier si une pratique peut être qualifiée de soin thérapeutique.

Pour produire de telles preuves, nous avons besoin d’indices et de faits, les plus objectifs possibles, qui corroborent l’innocuité (ou la dangerosité) et l’efficacité (ou l’inefficacité) d’un soin. Cette réflexion a abouti progressivement à la création de l’Evidence Based Medicine (EBM) ou médecine fondée sur les preuves (5), dont un article de la revue The Lancet datant de 2017 donne une bonne définition : « Le premier principe de l’EBM est que toutes les preuves ne se valent pas et que la pratique de la médecine doit être basée sur les meilleures preuves disponibles. Le deuxième principe souscrit à la vision philosophique selon laquelle la recherche de la vérité se fait mieux en évaluant la totalité des preuves et non en sélectionnant des preuves qui favorisent une revendication particulière. Cependant, des preuves sont nécessaires mais pas suffisantes pour une prise de décision efficace, qui doit traiter les conséquences importantes pour le décideur dans l’environnement et le contexte donnés. Ainsi, le troisième principe de l’EBM est que la prise de décision clinique nécessite la prise en compte de valeurs et préférences des patients ». Cette définition fait, à notre connaissance, l’unanimité dans le monde de la médecine moderne (6).

Comment différencier médecine moderne et médecine alternative ?

Si la définition de la médecine scientifique fait consensus, nous avons tous, dans un coin de notre tête, un ou plusieurs critères qui différencient ce qui relève de la médecine moderne et ce qui relève de la médecine alternative. Voici quelques témoignages que nous avons récoltés. Ils sont à prendre comme tels et ne reflètent que la pensée des individus interrogés.

« Pour moi, ce sont des pratiques médicales non occidentales pour soigner », affirme Sébastien. Le critère géographique peut servir de distinction dans l’esprit  des individus. Pourtant, l’homéopathie, qui est considérée comme une médecine alternative, est une doctrine d’origine européenne. Ce n’est donc pas un bon critère de discrimination.

« C’est une personne qui dispense une action à but thérapeutique qui n’a pas de formation médicale légale », soutient Manuel. Le critère législatif peut aussi servir de distinction au sein de la population générale. Pourtant, il existe des médecins homéopathes, acupuncteurs ou encore ostéopathes. Des personnes ayant une formation médicale légale dispensent donc des soins considérés comme alternatifs. Ce n’est donc pas un bon critère non plus.

D’autres personnes interrogées pensent que ce sont « des pratiques qui ne sont pas reconnues par l’Académie de médecine » ou encore « non reconnues par le Ministère de la santé » ou bien « dont les diplômes permettant d’exercer ne sont pas reconnus par l’État ». Le critère d’autorité permet aux individus de classer les thérapies dans la case « alternative ». C’est un assez bon critère de distinction dans l’absolu. Pour autant, il souffre d’un problème majeur ; il ne permet pas de comprendre pourquoi une pratique X est considérée comme conventionnelle tandis qu’une pratique Y est considérée comme alternative.

Le critère de remboursement est aussi présent dans l’imaginaire collectif. Certains pensent qu’une thérapie alternative est « une pratique qui utilise des soins non remboursés par la Sécurité sociale ». Dès lors, on se souvient que l’homéopathie est toujours remboursée à hauteur de 15 % jusqu’en 2021 (même si, à la base, son remboursement est une décision politique plus que sanitaire), tandis que les consultations de diététique ou encore de psychologie clinique, ne le sont pas. Ce critère n’est donc pas un bon critère de différenciation.

Enfin, quelques personnes interrogées considèrent que « les thérapies alternatives sont des pratiques qui reposent sur un corpus théorique non scientifique et dont l’efficacité n’a jamais été démontrée scientifiquement ».

Les deux critères de distinction majeurs

Ce sont les deux critères qu’Albin Guillaud, auteur d’une thèse intitulée « Décrire et expliquer le recours aux thérapeutes alternatifs en France », a retenus pour faire la distinction entre les thérapies conventionnelles et alternatives. Ces deux piliers sont fondamentaux pour distinguer une thérapie alternative d’une thérapie scientifique. Le reste n’étant que des indices heuristiques (7). Dans la majorité des cas, ces critères intuitifs fonctionnent, mais comme nous venons de le voir, ils ne sont pas infaillibles. Se posent donc les questions : qu’est-ce qu’une preuve d’efficacité clinique valide et qu’est-ce qu’un corpus théorique scientifique ? Car pour bien commencer, c’est ici que nous devons centrer le débat, au risque de nous perdre dans des considérations inutiles par la suite. 

Dessine-moi… 

  • une preuve d’efficacité clinique

Commençons par la preuve d’efficacité clinique valide car nous en aurons besoin pour définir le corpus théorique. L’idée lorsqu’on veut connaître l’efficacité d’une thérapie, c’est d’écarter tout ce qui pourrait avoir un effet négatif ou bénéfique sur le patient en plus de la thérapie qu’on teste. Grâce à l’étude de la psyché humaine, on sait que des effets contextuels (dont font partie l’effet placebo et l’effet nocebo) jouent un rôle dans la guérison/aggravation et la sensation de mieux-être/mal-être des patients. De même, à l’aide de nos connaissances en biologie humaine, nous savons que notre organisme a la capacité de lutter lui-même contre les maladies et guérir parfois sans traitement. Enfin, on sait aussi que des facteurs propres aux individus tels que l’âge, le sexe, le mode de vie, etc. ont une place importante dans l’équation de la guérison/aggravation ou du bien-être/mal-être ressenti.

Lorsque l’on comprend cela, on peut alors esquisser ce que sera une preuve d’efficacité clinique valide. Une preuve d’efficacité clinique valide, c’est lorsque plusieurs expériences mesurent (à l’aide de critères cliniques, des marqueurs diagnostic, des échelles de ressentis, etc.), grâce à une méthodologie bien à elles (8), que le soin prodigué au patient apporte plus de bénéfices que de risques – c’est-à-dire qu’il soigne – qui ne peuvent être expliqués ni par des effets contextuels, ni par la guérison spontanée, ni par des facteurs individuels. On comprend alors aisément pourquoi les expériences personnelles d’un patient ou d’un médecin, souvent brandies par les pratiquants et les tenants des médecines alternatives, ne peuvent pas être considérées comme des preuves solides. Simplement parce que ce qui suit un phénomène n’est pas nécessairement la cause de ce dernier dans un milieu complexe non contrôlé. Il va de soi que nous aimerions tous une médecine plus individualisée qui pourrait mesurer la totalité des facteurs propres au patient (sa génétique, son microbiote, la totalité des interactions entre l’hôte et l’environnement, etc.). Pour l’instant la médecine moderne ne possède pas d’outils suffisamment puissants pour y parvenir. Et contrairement à ce qu’elles tentent de faire croire, ce n’est pas le cas des thérapies alternatives non plus. Leurs seuls outils, ce sont l’intuition et des « lois naturelles » dépourvues de corpus théorique scientifique érigées en dogmes.

  • un corpus théorique scientifique

Cela nous amène à nous demander ce qu’est un corpus théorique scientifique. On pourrait le définir comme un ensemble de lois, d’hypothèses et d’expériences qui représente des connaissances, car elles ont fait leurs preuves au fil du temps et ont généralement permis de produire d’autres connaissances. Très grossièrement, en médecine, le corpus théorique scientifique, cela va être tout ce que l’on connaît dans le domaine de la physique, de la chimie, de la biologie, de l’anatomie, de la physiopathologie, etc. Tous ces champs regroupent des énoncés sur le monde réel qui sont, pour l’instant, la meilleure représentation que nous avons de ce dernier.

Lorsqu’une thérapie est censée agir sur un récepteur cellulaire, nous savons de quoi nous parlons et nous savons tester et mesurer cette action. À l’inverse, lorsqu’une thérapie est censée agir sur des points énergétiques on fait ce qu’on appelle un postulat métaphysique (9). Cela va totalement à l’encontre du principe de parcimonie intellectuelle que l’on cherche à respecter en sciences. L’idée, c’est qu’autant soit peu il faut expliquer le plus avec le moins. C’est lorsque nous ne parvenons plus à expliquer un phénomène avec tout ce qu’on connaît déjà, que l’on peut tenter de construire d’autres corpus théoriques scientifiques et que l’on assiste généralement à des révolutions scientifiques (10).

Pour conclure

Pour résumer et conclure sur cette première partie, une thérapie qui ne se base pas sur ce que l’on connaît actuellement de la physique, de la chimie et de la biologie (homéopathie, magnétisme, acupuncture, etc.) et qui, en plus de ça, ne montre aucune efficacité propre (homéopathie) ou une efficacité mitigée qui peut être expliquée par ce que l’on connaît déjà (effets contextuels, facteurs de confusion, guérison spontanée) et qui pour autant a besoin de rajouter des entités métaphysiques (les énergies dans l’acupuncture), peut être considérée comme une médecine alternative.

Enfin, nous préciserons, dans un souci d’impartialité, que la médecine moderne, si elle ne se base que sur des corpus scientifiques bien établis, n’est pas totalement dépourvue de pratiques qui n’ont aucune efficacité propre ou qui font courir aux patients plus de risques que de bénéfices. C’est ce qui donne lieu à des scandales sanitaires. C’est aussi, jusqu’à récemment, l’utilisation d’antibiotiques pour traiter des infections virales ou encore la surmédication. Tout cela n’entre pas dans notre concept de médecine alternative, même s’il serait souhaitable de l’y intégrer. Après tout, avoir un usage alternatif des données acquises de la science ne respecte pas les règles de l’EBM. C’est du rôle du médecin que de respecter scrupuleusement ces données pour soigner (11). Ces problèmes sont au cœur d’enjeux sanitaires de taille. Néanmoins, contrairement à ses consœurs alternatives, la médecine scientifique n’a généralement pas de préférence pour un soin ou pour un autre. Aussi, elle sait dire qu’elle ne sait pas et intègre à sa pratique ce qui soigne tel que nous l’avons défini à la lumière des preuves qu’elle possède. En somme, elle tente au mieux de faire le ménage devant sa porte.

Nous nous retrouverons mercredi pour la deuxième partie de cette enquête où nous parlerons des chiffres de fréquentation des thérapies alternatives, des causes qui poussent les individus à avoir recours à ces thérapies et aux problèmes, parfois graves, que cela peut engendrer.

Notes et sources :

(1) : Médecine moderne, conventionnelle ou classique seront les termes utilisés comme synonymes dans l’article.

(2) : À ce sujet le lecteur curieux ira se procurer l’ouvrage de Georges Canguilhem : « Du normal et du pathologique », qui traite spécifiquement de la définition de ces deux états.

(3) : Ici, il subsiste un problème de définition dont nous nous extrayons en prenant le retour de l’état normal à l’état pathologique comme critère absolu. Bénéfice et risque sont à définir individuellement et collectivement. Cela change donc en fonction des valeurs que l’on pose au départ. Mais laissons cette réflexion de côté.

(4) : Nous ne parlons pas du ressenti de symptômes, qui est la base d’une consultation médicale, mais plutôt du ressenti d’une maladie ou d’un déséquilibre sans symptômes ni marqueur diagnostic établi par un patient ou un praticien.

(5) : Il faut prendre garde à ne pas comprendre le mot preuve comme un socle fixe et définitif. Les sciences et donc par association, les sciences médicales, évoluent constamment devant de nouvelles « preuves ».

(6) : La médecine scientifique fait écho à un idéal de la médecine moderne. La médecine moderne tend à vouloir être toujours plus scientifique et basée sur les meilleures évidences que la méthode scientifique nous permet d’acquérir.

(7) : C’est-à-dire des informations utiles pour nos raccourcis mentaux qui fonctionnent par association d’idées, afin d’identifier ce qui relève de la médecine moderne/alternative plus rapidement qu’en faisant l’effort de nous pencher sur le fond de la question.

(8) : La méthodologie des essais cliniques dont vous pouvez retrouver l’explication en texte ou en série de vidéo.

(9) : On ne possède aucune preuve matérielle mesurable de l’existence des énergies. Ces dernières sont mal définies (pour ne pas dire pas définies) dans le cadre des médecines alternatives. Dès lors, considérer leur existence, c’est faire le pari de l’existence d’une entité au-delà du monde physique connu jusqu’alors. À l’inverse, l’exercice de la science repose sur un matérialisme méthodologique.

(10) : À ce sujet, le lecteur curieux pourra se procurer l’ouvrage du philosophe des sciences Thomas Khun « La structure des révolutions scientifiques ».

(11) : Article 8 du code de déontologie médicale (article R.4127- 8 du code de la santé publique) : « Dans les limites fixées par la loi et compte tenu des données acquises de la science, le médecin est libre de ses prescriptions qui seront celles qu’il estime les plus appropriées en la circonstance. Il doit, sans négliger son devoir d’assistance morale, limiter ses prescriptions et ses actes à ce qui est nécessaire à la qualité, à la sécurité et à l’efficacité des soins. Il doit tenir compte des avantages, des inconvénients et des conséquences des différentes investigations et thérapeutiques possibles. »

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